La Suisse dite moderne, depuis sa fondation en 1848, n’a jamais possédé de colonies formelles. Elle a pourtant joué un rôle actif dans l’impérialisme qui a accompagné l’intense expansion coloniale jusqu’à la Grande Guerre de 1914-1918. Alors que les recherches se sont longtemps concentrées sur des acteurs privés issus de l’économie, des sciences ou encore des missions, le rôle de l’État a été largement ignoré.
Ce projet entend montrer que l’État suisse – aux niveaux fédéral, cantonal et communal, mais aussi avec ses représentations à l’étranger – a participé au système-monde impérial qui s’est alors constitué, avec des retombées directes sur le développement des institutions du pays. Le projet met en évidence plusieurs dimensions de cette participation: l’appui à l’émigration et au commerce des Suisses outre-mer par des services étatiques d’information et de soutien; les financements publics de programmes de bienfaisance patriotique en contexte colonial; le soutien administratif aux ressortissants helvétiques travaillant dans les colonies pour le compte des empires; ainsi que la participation de la Confédération à la prévention et à l’arbitrage de conflits interétatiques liés au contrôle et au partage du monde. Ces exemples – et bien d’autres – montrent comment l’État a soutenu, encadré ou régulé des pratiques de l’impérialisme de l’époque malgré sa position en marge de la géopolitique impériale européenne.
Le projet contribue aux débats actuels sur la Suisse dite coloniale, son passé et ses héritages, tout en dialoguant avec l’historiographie internationale et avec des spécialistes du Nord comme du Sud global; il réunit une équipe de trois personnes, prévoit des recherches d’archives dans huit pays et s’appuie sur quinze partenariats externes.
